Le sentiment de solitude le plus saumâtre n’est pas celui qui vous assaille lorsque vous peinez à trouver de la compagnie, mais au contraire celui que vous continuez à goûter malgré elle, malgré la présence bienveillante de votre entourage. Comprendre que personne ne pourra plus vous rassurer ; voici peut-être ce qu’est la vraie solitude.
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Parmi les symptômes de la conscience, je compte l’inaptitude à profiter des sentiments magnifiés ; ces sentiments artificiellement complexifiés et mystifiés par l’Homme, son histoire et ses croyances. Il n’y a bien que les émotions animales, instinctives, qui puissent encore manipuler le lucide. Parlez-moi d’amour, et je vous répondrai tristement qu’il ne me reste plus que la passion.
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Le doute le plus pervers, le plus cruel, est celui qui engendre l’espoir.
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Hier encore, un ami me parlait de son combat contre la procrastination. J’admettais sans honte en être également victime, mais n’osais lui révéler de quelle façon j’exploitais cette tendance pour supporter la vie. Comment exister confortablement, en effet, sans repousser éternellement l’idée d’une fin, sans reporter le cafard ?
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Il fut un temps où je soignais mon sérieux à l’écrit, où il m’était impensable même de céder aux exclamations autrement qu’à l’oral. Aujourd’hui, alors que j’y résiste bien malgré moi verbalement, je n’ai d’autre choix que de réveiller mon écriture, pour compenser.
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L’individu s’habitue à l’existence, au fait de percevoir le monde ; cela peut l’amener à se défendre sincèrement d’être essentiel, d’être tout, même lorsqu’il est pris en flagrant délit d’espoir.
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Je me souviens encore de ce CD m’ayant été prêté par un ami — l’interview enregistrée d’un généticien — et de cette phrase, surtout : “Vous savez, la vie, ce n’est qu’un terme, on décide d’appeler ‘vivant’ quelque chose qui nous semble suffisamment complexe, voilà tout.” Ce “suffisamment”, que j’interprétais immédiatement comme la manifestation retentissante de l’approximation humaine, me permettait quelques heures plus tard, alors que je cherchais le sommeil, de comprendre brutalement le monde.
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On ne devient pas conscient du jour au lendemain, tant s’en faut, la lucidité est un gouffre sans fond dans lequel on sombre lentement ; un gouffre qui nous fait profiter de la chute.
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Parfois, j’essaye de voir s’il m’est encore possible d’être aussi humain que vous. Je me projette alors, et tente de prononcer à voix haute certaines de vos phrases, de les investir. Un rictus, probablement celui de la consternation, voici ce que je retire de l’expérience. Et puis, immédiatement, je me laisse délicieusement envahir par tous ces sentiments inavouables et rassurants : je suis définitivement vivant.
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Si par accident je devais me trouver père, je ne sais encore si je choisirais de préserver à tout prix la cécité originelle de mon rejeton, ou si je complèterais mon crime en le livrant sans attendre, certainement, à la lucidité. Il me serait plus facile de le haïr dans le premier cas, de me haïr dans le second ; les deux perspectives me semblent d’égal confort.
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Certaines œuvres ont de particulier qu’elles poussent à une lecture active : on voudrait saisir un crayon et souligner violemment certaines phrases, en rayer d’autres, en hésitant.
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Quand je vois tout ce qui a été écrit, pensé depuis des millénaires ; quand je considère les innombrables esprits brillants ayant consacré leurs vies à la réflexion, je m’étonne toujours du faible nombre de bonnes réponses. Que d’égarement, de gaspillage, pour comprendre un problème aussi simple !
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Quand bien même vous tenteriez de presser mon discours dans l’espoir d’en extraire le jus noirâtre de l’abscondité, il subsisterait l’essentiel : mon cri, unique commentaire d’une existence insensée.
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Je ne pensais plus pouvoir me sentir sincèrement fier de sortir avec un mannequin de 18 ans. Ma nature, une fois de plus, me rappelle à l’ordre.
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“We will be victorious” Ou comment compresser, combiner naïveté et inconscience en quatre mots.
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Ça y est, après quelques efforts — modérés, pour ne pas dire instinctifs –, j’ai enfin perdu l’habitude de dire “Je t’aime”.
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Que j’aimerais, comme vous, pouvoir m’adresser aux morts sans être immédiatement assommé par une envie de ricaner.
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De toute mon existence, le seul acte de courage dont j’ai fait preuve n’était en vérité qu’un mélange grossier, ridicule, de résignation et d’effroi. Je ne me sens plus capable aujourd’hui d’être courageux autrement.
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Un monsieur d’un certain âge, peut-être 60 ans, lisait mon livre dans le métro : il était juste à côté de moi. Alors qu’il rassemblait ses affaires pour descendre, il me demande, en pointant le livre du doigt : “Excusez-moi, c’est de qui ?”. J’ai rabattu la couverture afin qu’il puisse y lire le titre et le nom de l’auteur. Ce qu’il a fait, à voix haute, avant de me remercier en hochant la tête. Je me suis subitement senti sans pouvoir l’expliquer à la fois très proche de, et triste pour lui.